TDAH et anxiété : quand le cerveau va trop vite pour son propre système de freinage
On présente souvent le TDAH et l’anxiété comme deux problématiques distinctes. Dans la réalité clinique, elles sont très fréquemment imbriquées.
Le cerveau TDAH capte davantage d’informations, perçoit plus de détails, traite plus de stimuli simultanément. Cette hyper-perception mobilise en continu les réseaux frontaux chargés de filtrer, hiérarchiser, planifier et inhiber. Or ces réseaux ont une endurance limitée. Lorsqu’ils fatiguent, les structures limbiques, notamment l’amygdale, centre de détection de la menace, prennent le relais. Le système d’alerte s’active plus vite et plus fort.
Il ne s’agit pas d’un défaut de caractère ni d’un manque de solidité psychique. Il s’agit d’un déséquilibre temporaire entre accélérateur et frein neuronal.
Dans ces profils, l’anxiété est rarement exprimée par un simple « je suis anxieux ». Elle se manifeste plutôt par une agitation interne persistante, une difficulté à tolérer l’incertitude, un besoin de contrôle, une irritabilité fluctuante, une fatigue cognitive en fin de journée ou encore des tensions corporelles chroniques. Le corps, souvent, signale l’alerte avant que la pensée ne l’identifie.
Les déclencheurs sont relativement constants : transitions d’activité, surcharge sensorielle, tâches floues ou trop vastes, pression temporelle, décisions rapides, imprévus. Apprendre à repérer ces moments précis permet déjà de reprendre une forme de contrôle. On passe d’un état subi à un état observé.
L’intervention est d’autant plus efficace qu’elle se fait au tout début de la montée. Lorsque la tension interne apparaît après un imprévu, un contraste sensoriel volontaire, passer les mains sous l’eau froide, par exemple, réoriente l’attention vers les afférences corporelles et interrompt brièvement l’emballement limbique. Lorsque la rumination démarre, écrire rapidement la préoccupation puis déplacer physiquement le support aide à diminuer la charge du réseau de pensée répétitive. Lorsque l’agitation devient motrice ou irritative, un mouvement rythmé court permet de réguler le système nerveux autonome par les boucles sensori-motrices.
Ces gestes semblent simples, mais répétés dans des contextes similaires, ils deviennent des signaux de sécurité appris. Le cerveau crée une association : dans cette situation, cette action = retour au calme. C’est de la neuro-association pragmatique.
À plus long terme, les approches de neuromodulation, dont le neurofeedback, visent à renforcer la capacité du cortex préfrontal à moduler l’hyperréactivité limbique et à stabiliser les rythmes cérébraux impliqués dans l’autorégulation émotionnelle et attentionnelle.
Un cerveau TDAH n’est pas fragile.
Il est rapide, sensible, intensément réactif.
Sans régulation, cette intensité devient anxiété.
Avec des leviers adaptés, elle redevient une ressource.